Soutenir un élève en difficulté dans une école finlandaise
Introduction
Deux orthopédagogues de l’Institut TA, Marie-Philippe Goyer et Kristel El-Akouri, sont allées en Finlande au début décembre 2025 pour comprendre comment le système scolaire finlandais vivait l’inclusion scolaire des élèves qui ont des difficultés d’apprentissage. Elles ont visité des écoles et des facultés d’éducation en plus de rencontrer plusieurs professionnels de l’éducation. Elles étaient accompagnées par Marc-André Girard, directeur d’école.
Rencontre avec Vanja, maman d’un garçon de 9 ans
D’entrée de jeu, nous avons pu rencontrer la mère d’un enfant d’âge primaire scolarisé au Québec et qui, depuis deux ans, l’est désormais en Finlande. Quelle chance de pouvoir débuter le voyage avec un rare parent dont les enfants auront vécu dans les deux systèmes scolaires. À cet égard, un de ses fils a éprouvé des difficultés d’apprentissage et le parcours d’aide qui a été proposé par les enseignants finlandais a certainement de quoi inspirer notre système dans sa perspective d’inclusion scolaire et d’accompagnement des élèves qui présentent des difficultés d’apprentissage.
Un des premiers constats de la mère est que les enseignants ne forcent pas l’apprentissage. Ils vont au rythme des élèves se munissant de diverses stratégies pédagogiques pour accompagner ces derniers. L’élève est vraiment au centre des préoccupations et les enseignants s’adaptent à son rythme. Or, parfois, le rythme scolaire peut ne pas être assez soutenu et l’élève peut avoir besoin d’un coup de pouce supplémentaire.
Dans le cas qui nous intéresse, les changements d’école, voire de systèmes scolaires, pourraient avoir eu un impact majeur sur la démarche d’apprentissage de l’élève. Par exemple, les élèves finlandais commencent l’école à sept ans. S’ils émigrent au Québec, ils seront normalement classés en deuxième année du primaire. L’élève n’aura donc pas pu développer les bases de l’écriture, de la lecture et de la numératie. S’il revient deux ans plus tard en Finlande, ces lacunes se feront sentir, et ce, sans même tenir compte des alternances de langue d’enseignement entre les pays.
L’organisation des services, dans le cas de Vanja
C’est exactement ce que l’élève en question a vécu. À peine un mois après son retour en Finlande, la mère a reçu un courriel de convocation avec l’enseignante de son enfant. Cette dernière avait consigné quelques observations qui ont soulevé quelques préoccupations :
l’élève comptait souvent sur ses doigts,
pouvait s’isoler de ses compagnons,
et démontrait un faible intérêt pour certaines activités d’apprentissage, notamment en mathématiques.
Il fut alors convenu d’investiguer plus en profondeur pour ensuite mettre un plan en place. Quelques jours plus tard, l’élève a pu rencontrer une infirmière, ainsi que la psychologue de l’école. Un portrait général a été dressé par les deux professionnelles. D’une part, ses habitudes alimentaires, ses réflexes moteurs, la qualité de son ouïe ainsi que celle de ses habiletés langagières ont été évaluées, alors que, d’autre part, des tests cognitifs ont été menés en plus de vérifier ses compétences socioémotionnelles et si l’élève est victime d’intimidation ou de violence.
Le parent a été surpris de constater que, moins d’un mois plus tard, l’enseignante, l’infirmière, la psychologue et une orthopédagogue étaient prêtes à la rencontrer avec un plan d’intervention en mathématique. Notamment, il a été question de travailler avec l’orthopédagogue dès le lendemain matin de façon intensive pour consolider ses acquis dans cette matière, mais aussi pour travailler sa confiance à réaliser des tâches d’apprentissage. En aucun cas, son enfant ne s’est senti ostracisé ou ne s’est senti différent. Sa titulaire de classe aura su lui porter une attention spéciale sans qu’il se sente différent pour autant et l’orthopédagogue aura pu se montrer discrète dans ses interventions en classe à son égard. De toute façon, les élèves sont habitués à ce modus operandi. Ainsi, comme nous l’avons appris ultérieurement en visitant diverses écoles, les orthopédagogues privilégient les interventions d’aide au sein même de la classe pour éviter d’exclure les élèves de leur groupe de référence et d’attachement.
Deux choses sont dignes de mention : d’une part, nous avons pu remarquer que si les intentions bienveillantes de soutien des élèves en difficulté sont bel et bien répandues en Finlande, leurs mises en action diffèrent grandement d’un milieu à un autre.
Ce qui nous a été raconté par Vanja n’est ni la règle ni l’exception à la règle. D’autre part, nous avons toutefois pu conclure que la complémentarité entre le système d’éducation et celui de la santé nous a semblé plus naturelle qu’au Québec et que la présence des professionnels (psychologues, psychoéducateurs, orthophonistes, etc.) était plus répandue dans les écoles. Enfin, la collaboration entre ces professionnels, selon ce que nous avons pu entendre lors de nos rencontres, nous a semblé plus fluide.
La confiance du parent envers l’école
Lors de la rencontre, la maman était impressionnée par la rapidité de la détection des besoins, la mise en place du soutien de l’orthopédagogue et surtout, de la capacité de ces professionnels à collaborer, se concilier et coordonner leurs interventions. Ce constat parental nous a amenés à lui poser une question : « avez-vous confiance aux professionnels qui accompagnent votre enfant dans ses difficultés »? La réponse est sans équivoque : oui. Selon elle, les enseignants sont respectueux des besoins des élèves qui peuvent varier en cours d’apprentissage et, en plus, ils sont titulaires d’une maîtrise, ce qui, selon les dires du parent, est garant d’un niveau élevé de professionnalisme. Ces derniers n’ont pas besoin d’être inspectés ni même surveillés; ils ont besoin d’être guidés, accompagnés et mis à contribution pour ainsi collaborer.
On aura compris que, la clé, c’est la confiance et la communication. Les enseignants tendent la main aux parents pour établir un plan de match qui s’étire de l’école à la maison pour combler les besoins de l’élève dans toutes les facettes de sa vie.
L’inclusion en Finlande : tout n’est pas rose
Le regard des chercheurs spécialisés en inclusion scolaire est plus nuancé et certainement plus critique. Ils reconnaissent que, bien qu’elle soit un principe fondamental de la société finlandaise, il n’en demeure pas moins qu’il y a des points d’amélioration souhaitables.
Premièrement, un constat se dresse : l’inclusion, c’est d’abord et avant tout une philosophie, une vision. Ce n’est pas parce qu’elle est souhaitée qu’elle se transpose nécessairement dans les pratiques enseignantes et qu’elle est vécue en classe.
Deuxièmement, l’inclusion scolaire se vit, mais pas nécessairement d’un bout à l’autre de la Finlande. Les enseignants peuvent s’y prendre différemment d’un endroit à un autre pour déployer leurs approches inclusives, mais ces différences s’observent aussi dans la même école. D’ailleurs, il nous a été souligné que plusieurs déploient déjà ce genre d’approche sans même le savoir.
Troisièmement, il semble exister peu d’offres de formation continue à offrir aux enseignants pour soutenir leurs approches inclusives, et ce, malgré les besoins présents dans les écoles. Les chercheurs ont avoué être peu sollicités par les municipalités pour offrir des activités de formation aux équipes-écoles de partout sur le territoire. Selon eux, il y a des besoins criants de formation auprès des enseignants, car les pratiques d’inclusion scolaire sont toujours perfectibles, car, comme nous le voyons dans cet article, il y aura toujours un écart naturel à combler entre la vision éducative et les pratiques sur le terrain.
Un peu plus sur l'auteur
Marc-André Girard est directeur d'école depuis plus de 20 ans. Titulaire d'un doctorat en éducation, il est également chercheur et chargé de cours. Il s'intéresse au leadership des directions, à leur compétence numérique et à la transformation des pratiques pédagonumériques des enseignants. Pour lui, les technologies numériques en éducation permettent l'universalité des approches et l'inclusion de tous les apprenants. Il en est à son troisième voyage en Finlande, toujours à la découverte de ce système scolaire fascinant.



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